Anciennement dénommé "Val Cabot" du nom de la configuration du sol et de celui du premier seigneur connu, Raoul Cabot qui fût témoin en 1209 d'une charte en faveur de l'Abbaye du Bec, le Manoir prit pour finir le nom d'Hermos, originaire du grec "ermos" (ermitage, solitude) ou du bas latin hermosa (terre inculte).

     La destruction des archives du château en 1793 rend difficile la description détaillée du domaine fieffé. De plus, la propriété s'est trouvée modifiée par la disparition des villages du Val et de la Vaizerie.

   
 

     Il reste du domaine que la partie réservée aux seigneurs dont on peut situer l'organisation au XVIe siècle. Jusqu'à la révolution il forma un imposant quadrilatère clos de murs, bornés au nord, à l'est et au sud par des chemins et à l'ouest par un bois. Un examen attentif dans la propriété permet actuellement de trouver des traces de ce que fût cet ensemble et de son orientation.

     Avant de revenir au manoir, nous retournerons un instant vers ses propriétaires. Le premier seigneur connu, Raoul Cabot, se situe en 1209 ; Après les Cabot à partir de 1300, les seigneurs qui se succédèrent furent les d'Harcourt, Thumery, Rohan, Lorraine, Pierre Cousin (le créateur de l'oratoire), Grouchy, Planterose et la Houssaye qui survécut à la révolution et mourut en 1810 dernier seigneur du fief. La propriété fut reprise par une de ses parentes éloignées mariée à M. Baston qui la vendit en 1885 à M. Edwin-Wells Windsor, industriel à Rouen, juge au tribunal de cette ville. Elle est restée entre les mains de la famille depuis cette date.

 
   

     Installons-nous maintenant au Manoir pour essayer de préciser son origine. Nous reprenons le résumé des recherches l'Abbé Minhiac qui estime que "le Château d'Hermos" commencé sous François Ier par Robert de Thumery entre 1535 et 1540, fut achevé sous Henri II par Claude ou René de Lorraine aux environs de 1550.

     Ce château se composait d'une partie centrale (la seule qui subsiste actuellement) et de deux pavillons latéraux. Celui de l'est a été abattu vers 1830, celui de l'ouest ne figure plus sur le plan de 1788.

 
 

     L'entrée principale fut, jusqu'en 1680, la façade septentrionale. Un perron à double escalier partant de la cour d'honneur pavée et close par des murs, conduisait au vestibule. Cette façade était éclairée par quatre fenêtres qui avaient leurs semblables sur l'autre façade et n'était ornée qu'en sa partie médiane. En haut du perron la porte s'encadrait d'un portique dorique à quatre pilastre dont la frise d'entablement contenait de fines arabesques entrecoupées de triglyphes. Sur un balcon d'encorbellement s'ouvrait une large et haute fenêtre. Un fronton sculpté terminait l'ensemble.

     La façade méridionale avant 1680, c'est à dire avant la construction de la chapelle, comportait outre les même fenêtres qu'au nord, nous l'avons dit plus haut, une corniche à denticules, les anciennes petites lucarnes du toit, le perron, les pieds-droits du porche ou péristyle et la décoration extérieure de l'édifice. C'est à ce jour la façade la mieux conservée.

     Dans la cour d'honneur de la façade septentrionale existe toujours une ancienne écurie aménagée aujourd'hui en salle de réception : le Logis. Cette bâtisse de la même époque que le manoir mérite, la même attention que le corps principal d'Hermos.

 
 
Le Chateau d'Hermos vers 1860
 
 

     Enfin, dans les sous-sol du château, outre l'ancienne cuisine comprenant les vestiges de l'installation d'autrefois (four à pain, ...) il existe de fort belles caves voûtées dont les soubassements permettent de se rendre compte de l'importance considérable des fondations. Importance telle que, vraisemblablement, le château n'a pas été terminé suivant le plan primitivement esquissé. Il semble qu'à l'origine, on ait prévu un château d'une exécution plus hardie, plus svelte, plus élancée et comportant un étage supérieur. La mise à jour, dans l'étage mansardé, de conduits d'angle en pierre appareillée sans utilité possible pour ledit étage puisqu'ils atteignent le sommet de la maçonnerie semble confirmer cette hypothèse. La cause de cette intervention étant due aux difficultés financières de Robert de Thumery et de ses descendants obligés d'ailleurs de vendre aux Lorraine.

     Au manoir d'origine est venu s'ajouter la chapelle ou plus précisément un petit oratoire. C'est en 1679 que M. Cousin décida d'agrandir l'appartement du milieu de l'étage par l'adjonction d'une construction extérieure sur la façade méridionale qui, sans déparer le château, contribuerait au contraire à l'embellir. Partant du perron déjà existant, il fit donc placer deux grands monolithes de pierre d'angles droits qui munis de cintres et recouverts d'un plafond constituent ainsi un porche ou portique à trois arcades au-dessus desquelles se continua, mais un peu plus façonnées, la corniche du château. Sur les côtés de cette terrasse, il fit élever des murets en pierre appareillée dont la partie supérieure fut dissimulée sous un encadrement de balustres Henri II terminé par un fronton triangulaire mouluré. Le toit du nouvel édifice vint rejoindre celui du château.

     Deux petites lucarnes pratiquées dans les balustres éclairèrent de droite et de gauche l'intérieur de l'appartement ainsi formé et un cadran solaire "en marbre d'un jaune rosé" fixé entre la corniche du fronton et les balustres acheva l'ornementation de la façade. La voûte de l'oratoire légèrement concave fût peinte en bleu azur, celle de la pièce, en dais, s'orna en son milieu d'un motif mouluré. En fait, la pièce devenait la nef de l'oratoire. Cette petite chapelle, dédicacée à St Pierre et St Paul, reçut l'autorisation de célébration le 22 avril 1680 de l'archevêque de Rouen.

     Fermé pendant la Révolution, l'oratoire fût rendu au culte en 1834. Pendant soixante ans, la messe y fût célébrée plusieurs fois chaque année et la paroisse de Saint Eloi de Fourques y alla processionnellement à l'un des jours des Rogations et de la Fête Dieu.

En 1885, lorsque Madame Baston vendit le domaine à M. Windsor, l'oratoire qui n'était autorisé que provisoirement perdit sa destination et Mme Baston donna à l'église de Saint Eloi des ornements, dont un en velours rouge et la garniture d'autel : croix et chandeliers.

 
 

     A côté de l'Histoire, il y a les histoires. Comme beaucoup de châteaux, le Manoir d'Hermos a les siennes.

     La première, est celle concernant la création. On dit couramment que le château remonte au temps d'Henri IV. Comme nous l'avons écrit plus haut, c'est plus vraisemblablement sous Henri II que le manoir fût construit. Car si le bâtiment appelé "écurie du Roy" brûlé depuis, et qui se trouvait au droit de la cour d'honneur, servit aux équipages d'Henri IV, il fallait qu'il existât au moment de l'incursion royale.

   
 

     Or, il est facile de constater que les communs appelés actuellement l'écurie et le château sont de la même époque et que le plan primitif comportait nécessairement l'écurie dénommée "écurie du Roy". Dans ces conditions, le château était donc construit à l'époque de la venue du bon roi et n'est ni Henri IV ni Louis XIII.

     Quant à situer le séjour du Roi Henri, il pourrait dater de fin 1590 alors que le roi de Navarre guerroyant pour devenir roi de France, aurait déjeuné au château d'Harcourt où était un ami personnel très dévoué, le duc Charles Ier de Lorraine, seigneur d'Harcourt et du "Val Cabot". Il est possible que ce dernier lui ait fait visiter ses domaines voisins afin d'y recruter quelques partisans.

     On a parlé aussi d'oubliettes et de souterrain, ce qui est normal dans un château. Cependant aucune recherche n'a apporté la moindre preuve à ces assertions. D'après un témoin qui avait pris part à des travaux en 1872, "les oubliettes, c'est tout simplement un égout assez profond qui communique avec un petit canal souterrain".

     Autre légende, l'utilisation secrète de l'oratoire pendant la Révolution. En effet, l'abbé Regnault curé du Gros-Theil et élève de l'abbé J.A. Balestre curé de Saint Eloi, était un ardent partisan des idées nouvelles.

     Il s'était vite accommodé du régime révolutionnaire au point de se faire élire maire du Gros-Theil au plus fort de la Terreur (décembre 93 - juillet 94) et il continua d'exercer quelques fonctions "curiales" de 1792 à 1800. Il paraît difficile qu'il ait eu ses entrées à Hermos où le seigneur de la Housaye n'était pas homme à pactiser avec les amis de la révolution. L'oratoire resta vraisemblablement désaffecté pendant toute la révolution.

     Le manoir d'Hermos qui s'appela jadis : Château du Val, Château du Val Cabot, Manoir de Grouchy, est un des rares manoirs seigneuriaux qui subsiste, même si ses attributs féodaux n'existent plus. Petite merveille qui aurait été utilisée comme pavillon de chasse, elle représente un exemple du patrimoine du XVIe siècle et nous semblerait devoir être préservée comme toute partie, si minime soit elle, de la richesse de la nation.